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Chères sœurs, chers frères,

Le temps passe. Le lien de communion autour de la personne et de l’oeuvre de Dietrich Bonhoeffer, vécu intensément lors du stage, risque de devenir un souvenir bien sûr « particulièrement marquant », mais un souvenir quand même.Si quelque chose de ce que nous avons vu, entendu, ressenti ou exprimé doit guérir, eh bien que cela guérisse. Mais s’il devient possible de mettre quelques mots sur ce qui nous a dépassé, cela aussi peut être assumé.

C’était à Buchenwald

Ce que j’ai vu et ressenti tout au fond de moi à Buchenwald n’était pas seulement un choc inimaginable, mais un véritable effondrement de l’entendement. C’était notamment autour de la table de dissection, puis devant les fours, ensuite dans cette chambre de pendaison comme dans la salle d’exécution des malades, tués de derrière pour épargner la dépression aux bourreaux. C’est presque indécent de revenir sur ces détails macabres de l’ignominie. Au moment même où je sentais mon esprit absent, vidé de toute capacité d’imaginer, de mettre cette situation dans une perspective objective, je m’étais promis qu’un jour je penserai cela. Je ne sais pas pour quelle raison j’avais oublié mon téléphone portable dans le car. Je n’ai donc fait aucune photo de ce lieu terrible, dans ces différentes pièces que j’ai évoquées. Outre les prises de vues qui sont disponibles sur ce site, je remercie d’avance quiconque partagerait ses souvenirs visuels qui me manquent pour commencer à penser.

Un autre sujet

J’en profite pour aborder un autre sujet.

Nous avons lu, notamment dans Ethique, des passages qui témoignent des convictions christologiques très puissantes de D. Bonhoeffer. Cette constatation a été maintes fois rappelée par nos brillants conférenciers, à commencer par F. Rognon. C’est ce que la théologie nomme « christocentrisme ». Depuis que je connais les textes bonhoeffériens traduits en français, mais aussi quelques commentaires, j’ai toujours eu l’impression que ce christocentrisme était en réalité un « christomonisme ». Si ce mot vous paraît réducteur, c’est effectivement son sens, montrez-moi comment nuancer. Et même en limitant sa signification rigoureusement dans le format de « christocentrisme », l’interrogation n’en est pas moins légitime pour autant. Christ est-il Le Centre ou au centre du discours bonhoefférien sur Dieu et sur le monde ? A quoi attribuer ce positionnement, à la tradition luthérienne ou à un ressaisissement indépassable du mystère de l’incarnation par un théologien génial?

L’Eglise Protestante Unie de France engage un processus d’élaboration de sa Déclaration de Foi. Les paroisses seront associées à cette réflexion. Celle-ci pourra avoir soit une structure trinitaire, soit une architecture délibérément christocentrique. Dans un cas comme dans l’autre, cela n’est pas neutre au regard de l’œcuménisme et du dialogue inter-religieux. Cette question concerne aussi la tension qui demeure entre la foi de Jésus et la foi en Jésus. La première porte sur ce qui a motivé et irrigué tout l’engament de Jésus ; la deuxième, le moment pascal, comme don originaire sur lequel repose la particularité de notre rapport à Dieu. Les deux manières de voir sont liées, bien sûr. Mais se confondent-elles pas complètement ?

Vaste question, n’est-ce pas? Aidez-moi à y voir clair. Merci et bien fraternellement.

Philippe KMB.

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