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Berlin 24 août 2013

Il est une foi ancienne que Dieu renouvelle depuis Abraham
Quatre mille ans qu’elle trace un chemin de grâce, le Royaume est là…

Il est une foi qui doute, au fil de nos routes, comme un jour Thomas
Lorsque la mort capitule, nos cœurs incrédules, si je ne vois pas… (Alleluia 52-09)

19 Le soir de ce même jour qui était le premier de la semaine, alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint, il se tint au milieu d’eux et il leur dit  : «  La paix soit avec vous.  » 20 Tout en parlant, il leur montra ses mains et son côté. En voyant le Seigneur, les disciples furent tout à la joie. 21 Alors, à nouveau, Jésus leur dit  : «  La paix soit avec vous. Comme le Père m’a envoyé, à mon tour je vous envoie.  » 22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et leur dit  : «  Recevez l’Esprit Saint  ; 23 ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis. Ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.  » 24 Cependant Thomas, l’un des Douze, celui qu’on appelle Didyme, n’était pas avec eux lorsque Jésus vint. 25 Les autres disciples lui dirent donc  : «  Nous avons vu le Seigneur  !  » Mais il leur répondit  : «  Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n’enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n’enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas  !  » 26 Or huit jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d’eux et leur dit  : «  La paix soit avec vous.  » 27 Ensuite il dit à Thomas  : «  Avance ton doigt ici et regarde mes mains  ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d’être incrédule et deviens un homme de foi.  » 28 Thomas lui répondit  : «  Mon Seigneur et mon Dieu.  » 29 Jésus lui dit  : «  Parce que tu m’as vu, tu as cru  ; bienheureux ceux qui, sans avoir vu, ont cru.  » 30 Jésus a opéré sous les yeux de ses disciples bien d’autres signes qui ne sont pas rapportés dans ce livre. 31 Ceux-ci l’ont été pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour que, en croyant, vous ayez la vie en son nom. (Jean 20, 19-31)

Thomas a mauvaise réputation chez les chrétiens  : il est vu par beaucoup comme le «  mauvais croyant  », celui qui a besoin de preuves concrètes de l’existence de Dieu pour croire. Thomas, c’est le croyant de seconde zone, celui qui ne fait pas confiance, celui qui doute.

Mais au fait, que dit le texte biblique  ?

Au soir de Pâques, les disciples se sont enfermés dans leur maison. Cela n’empêche pas le Christ de se rendre présent parmi eux et de leur offrir une bénédiction qui répond bien à leur besoin du moment  : «  que la paix soit avec vous  !  » . Seul problème  : Thomas n’était pas là  !

A son retour, les disciples lui racontent ce qui s’est passé, ils lui disent qu’ils ont vu le Seigneur. Mais Thomas leur répond qu’il ne croira pas s’il ne peut lui-même toucher les cicatrices du crucifié.

Que se passe t-il ici  ? Thomas refuse d’avaler tout cru ce que disent les autres disciples. Ils disent: «  nous avons vu le Seigneur  !  ». Oui mais encore  ? En fait, ils se réfèrent eux aussi à la vue et à la vue seulement. Malgré cela, la conscience populaire retient que c’est Thomas qui est le mal -croyant.

Quel paradoxe  ! De plus, le fait d’avoir vu le Ressuscité ne les a pas transformés pour autant. La preuve, 8 jours après , ils se sont de nouveau enfermés dans le même lieu…

Ils disent  sur un ton triomphal : «  nous avons vu le Seigneur  », mais qu’est-ce que ça change dans leur vie  ?  ? Visiblement, cela ne leur suffit pas à avoir confiance et foi dans la paix qui leur a été annoncée pour sortir de leur peur et s’engager.

Mais voici que dans ce dispositif bien verrouillé, apparaît une ouverture salutaire  : c’est Thomas. Thomas qui met en doute non pas la parole du Christ mais celle des disciples. Il ne se contente pas de ce slogan publicitaire «  nous avons vu le Seigneur  !  ».

Notez aussi que Thomas est dehors alors que les autres disciples sont enfermés , et il se met à la recherche de la vérité. C’est lui qui leur ouvre l’horizon, qui les ouvre à autre chose que leur certitude bétonnée.

En même temps, lorsque Jésus vient vers lui et lui propose de toucher ses blessures, Thomas, lui, ne bouge plus (1) , mais il ouvre la bouche pour dire :  » Mon Seigneur et mon Dieu » . C’est la plus courte et plus belle confession de foi du Nouveau Testament, la plus sobre, la plus personnelle aussi. Ecoutez comme elle résonne en vous : mon Seigneur et mon Dieu ». C’est vraiment très touchant. ..

Nous découvrons aussi combien Thomas est aimé de Jésus. Regardez  : le Ressuscité qui est venu une première fois, revient juste pour Thomas. Il ne critique pas son « j’ai besoin de voir et de toucher pour croire ». Au contraire, il lui répond sur le même registre. Il lui dit  : « avance ton doigt et regarde mes mains … » Il lui dit : « vois et crois ». Il tient compte de son interlocuteur, il parle la même langue que lui   : n’avons-nous pas ici une magnifique rencontre  ?

Sans mépris, avec tendresse même, le Ressuscité invite Thomas à avancer vers une autre étape, à aller plus loin. Il lui donne la force de faire le pas suivant.
Trouver la force du pas suivant

Marcher sur les épines
du silence
Tenir dans la nudité
de l’absence

Il fait nuit en plein midi
Le malheur
me vole l’horizon
Je vis en noir et blanc
et rien n’est plus
comme avant

J’ai le cœur débranché
J’ai le corps haché
Je ne sais plus mon nom
Dans ce pays
de sables mouvants

Trouver la force
du pas suivant

Avec l’épuisette à mots
écoper patiemment
l’eau noire de mon tourment

Vider le non
pour retrouver le oui

Trouver la force
du pas suivant

Et sortant de l’éboulement
de ma terre
réapprendre le chemin
de la lumière

Doucement, tendrement
Comprendre enfin
que si je parle
c’est parce que Tu es là

Et que déjà
tu as roulé la pierre du deuil
Pour qu’ensemble
Nous passions le seuil

Vers la vie
Qui attend
Devant

Et nous  ?

Au travers de ce voyage sur les traces de Dietrich Bonhoeffer, nous sommes nous aussi, à notre manière, à la recherche de la vérité, nous avons besoin de comprendre, de questionner de faire silence.

Nous avons suivi des traces et un nom -parmi d’autres- FINKELWALDE- résonne encore à nos oreilles. Souvenez-vous  : le jardin, la pierre, le bois, le granit, l’arbre mort, l’arbre de vie, la chaise renversée, la table dressée.

Nous nous sommes placés devant la croix nue, et un profond silence s’est mis à parler puis à chanter. Emotion de nous tous, beauté, puissance de la pensée de cet homme, Dietrich Bonhoeffer, qui nous a envahis. Aujourd’hui encore et pour longtemps.

1 Moïse monta des vallons de Moab vers le mont Nébo, au sommet de la Pisga, qui est en face de Jéricho, et le SEIGNEUR lui fit voir tout le pays  : le Galaad jusqu’à Dan, 2 tout Nephtali, le pays d’Ephraïm et de Manassé, et tout le pays de Juda jusqu’à la mer Occidentale, 3 le Néguev et le District, la vallée de Jéricho, ville des palmiers, jusqu’à Çoar. 4 Et le SEIGNEUR lui dit  : «  C’est là le pays que j’ai promis par serment à Abraham, Isaac et Jacob en leur disant  :  « C’est à ta descendance que je le donne.h Je te l’ai fait voir de tes propres yeux, mais tu n’y passeras pas.  » 5 Et Moïse, le serviteur du SEIGNEUR, mourut là, au pays de Moab, selon la déclaration du SEIGNEUR. 6 Il l’enterra dans la vallée, au pays de Moab, en face de Beth-Péor, et personne n’a jamais connu son tombeau jusqu’à ce jour. (Dt 34)

Nous sommes en quête des traces du passé. Pour ne pas oublier.
Pour ne pas reproduire ce qui ne doit pas l’être.

Pourtant notre tradition protestante nous garde des traces. Des reliques.
Le touriste recherchant à Genève la tombe de Calvin en sait quelque chose.
Le prince de Saxe (à qui Luther doit sa survie) et qui prit la pensée du réformateur au sérieux, a jeté aux orties les montagnes de reliques qu’il avait accumulées à prix d’or.

Il y a ce qui reste. Il y a ce qui n’est plus.

Voici deux reliques, si je peux utiliser le mot. La première est vraie, la seconde est un faux.

La première est un petit morceau de fer rouillé, je ne sais pas à quoi il servait (il a pu servir à beaucoup de choses…) je l’ai trouvé à Buchenwald, à l’emplacement du bloc 33. L’autre a été acheté au kiosque près de la porte Brandenburg  : c’est un morceau du mur de Berlin, vendu avec une carte postale. Deux traces, deux restes. Deux reliques, si on veut. Et alors  ? Et le plus important  ? Il est ailleurs.

En passant devant une des pierres qui font mémoire des disparus, à Flossenbürg, il y avait une vieille dame qui priait en polonais. Elle m’a dit  : mes parents sont là.

En relisant le récit de la mort de Moïse, nous entendons qu’il a été enterré, quelque part.

Que sa tombe n’a pas été retrouvée.

Et si tous ces morts, dont la trace est perdue, comme celle de Moïse, c’était Dieu lui-même qui les avait portés en terre  ?

Les bras de Dieu portant la souffrance et la mort.
Dieu qui se souvient, même si les hommes perdent la trace.

A Dieu soit la gloire

Titia Es-Sbanti, Franck Nespoulet
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(1) Finalement, Thomas n’aura pas eu besoin de toucher pour croire, contrairement à ce que la plupart des tableaux représentent tout au long de l’histoire de l’art..

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