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Pendant ces dernières années, j’ai pris conscience, j’ai compris toujours davantage, à quel point le christianisme est de ce monde. Le chrétien n’est pas un homo religiosus, mais un homme tout court, comme Jésus était un homme par opposition à Jean-Baptiste. Le chrétien est terrestre, non pas de manière plate et banale, comme les gens éclairés, actifs, nonchalants ou lascifs, mais il est discipliné, et la connaissance de la mort et de la résurrection est toujours présente en lui. …

Je me rappelle une discussion que j’ai eue … avec un jeune pasteur français, il y a treize ans. Nous nous étions posé tout simplement cette question : que voulons-nous faire de notre vie ? Il me dit : « J’aimerais être un saint. » … Cela m’impressionna beaucoup alors. Pourtant je répliquai à peu près : « Moi, j’aimerais apprendre à croire. »

… c’est en vivant pleinement la vie terrestre qu’on parvient à croire. Quand on a renoncé complètement à devenir quelqu’un – un saint, ou un pécheur converti, ou un homme d’Eglise (ce qu’on appelle une figure de prêtre), un juste ou un injuste, un malade ou un bien-portant – afin de vivre dans la multitude des tâches, des questions, des succès et des insuccès, des expériences et des perplexités – et c’est cela que j’appelle vivre dans le monde – alors on se met pleinement entre les mains de Dieu, on prend au sérieux non ses propres souffrances, mais celles de Dieu dans le monde, on veille avec le Christ Gethsémané ; telle est, je pense, la foi, la metanoia ; c’est ainsi qu’on devient un homme, un chrétien …

Dietrich Bonhoeffer, 21 juillet 1944 (à la prison militaire de Tegel, à Berlin ; dans une lettre adressée à son ami Eberhard Bethge ; Lettres et écrits rassemblés par celui-ci dans l’ouvrage Résistance et soumission)

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